"Modèle social suédois". Entendu dix fois au cours du long débat de lundi soir dans le cadre de l'émission Mots Croisés (France 2), la Suède
est apparement à la mode en France. Pourtant, ce n'est sans doute pas le charme des paysages nordiques qui fait rèver les politiciens, mais bien plus la "recette miracle" du Royaume. Etant
quasi-sujet de sa majesté Carl XVI roi de Suède, je me permettrait de faire quelques commentaires sur les longues éloges dont à fait l'objet ma patrie d'adoption.
Les socialistes français semblent subjugués par le modèle suédois, à tel point qu'il sert de caution morale à la gauche pour montrer que croissance et emploi peuvent faire bon ménage avec socialisme. En effet, sur le papier il n'y a rien qui leur donne tort. Dirigé quasiment exclusivement par les Socialdemokraterna depuis plus de 70 ans, le pays affiche aujourd'hui une croissance élevée, un taux de chômage de moins de 5% et des excédents budgétaires. Alors, quels sont les secrets du modèle suédois?
D'abord la Suède n'est pas le paradis de socialisme à la française. Sous entendu, la pierre angulaire de la politique économique suédoise c'est... la privatisation. Le nombre de fonctionnaires à complétement chuté depuis les campagnes de privatisation et de chasse aux couts lancées pour équilibrer le budget. Par exemple, la Poste n'existe plus en tant que tel. Pour récupérer un colis, plus de bureau de Poste à côté du Bistro (thème cher au socialistes). Ici, les colis sont à retirer au supermarché ou à la station service qui a obtenu cette prérogative. La distribution n'est même plus un monopole, puisque City Mail (entreprise tout ce qu'il y a de plus privé) prend les marchés de la vieille entreprise nationale suédoise. Je veux bien que l'on me parle de modèle suédois, mais il ne faudrait pas occulter cet aspect fondamental de la politique économique. Toutes les branches y sont progressivement passés, de l'électricité à la compagnie de transport de Stockholm (l'équivalent de la RATP), gérée maintenant par la très française Connex.
Alors, où est la social-démocratie dans tout ca? Où est cette fameuse recette miracle? Pour la première question, la social-démocratie est dans la gestion des allocations. Ici, les imdemnités sont très élevés et les personnes fragiles sont très bien prises en charge par la société. Il ne faut pas se leurer, si cela est possible, c'est parce que le budget de l'Etat est totalement équilibré et permet ce genre de politique. Les coupes franches dans les dépenses en fonctionnement (baisse massive du nombre de fonctionnaires, chasse aux couts dans tous les domaines) libère des marges pour ce genre d'investissement.
Paradis social? pas certain. Le gouvernement de centre-droit fraichement élu , dirigé par M. Reinfeldt, à fait toute sa campagne sur les risques de cet assistanat et sur la situation de certaines personnes qui sont barrés des listes et déclarés inaptes au travail pour faire baisser le chiffre global. Le Premier Ministre n'a pas hésité à déclarer dans son discours d'investiture au Riksdag "Dans ce pays règne un chômage de masse". Les estimations des vrai chiffres du chômage place la barre aux alentours de 15%. Rien de bien glorieux. Mais la Suède peut se le permettre: avec des impots sur les personnes très élevés (la TVA, l'impot qui touche en priorité les plus pauvres, est à 25%) et un budget de fonctionnement réduit au maximum, la machine peut payer chèrement ces personnes.
Alors, le modèle social suédois? Des impôts élevés, un capitalisme rentré en force dans l'économie, un Etat réduit et des allocations élevés. Voila comme tourne, pas suffisament bien d'ailleurs, la machine nordique. L'arrivée au pouvoir de M. Reinfeldt a permit de ré-orienter un peu ce modèle, vers moins d'assistanat et une plus grande prise un compte des réalités économiques.